Un loup est un loup / En avant comme avant !

 

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Auteur : Michel FOLCO (français)

Éditeur : Le Seuil - collection Points
1995 - 2001 
Genre : livre d'histoire jubilatoire

Allez, tous en chœur : "La suite ! La suite !"

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L'histoire

Cinq d'un coup ! Enfin presque, le dernier, Charlemagne, ayant montré quelque réticences à s'extirper promptement du ventre douillet de sa maman.
Et puis, dernier... Tout dépend du point de vue. Pour certains, c'est lui l'aîné de la fratrie selon la logique qui veut que le dernier sorti soit le premier à être entré ! N'importe quoi, rétorquent illico ceux qui appellent aîné le premier arrivé, un point c'est tout !
Voilà : le petiot Charlemagne n'a pas encore eu le temps de babiller à pleine bouche que son existence tend déjà à contrarier celle de son entourage. Comme un signe du destin annonciateur de bien d'autres péripéties et bouleversements dans la modeste famille du sabotier Tricotin de Racleterre...
Parce que, voyez-vous, dans ce petit bout de Rouergue en 1763, recevoir la charge d'élever des quintuplés n'est pas mince affaire. Il va falloir se farcir leur éducation, les nourrir, les vêtir, et subir les regards inquisiteurs du voisinage, toujours prompts à suspecter quelque trace de maléfice dans tout ce qui ne constitue pas l'ordinaire. Ce même voisinage qui, en revanche, n'hésitera pas à décréter comme souveraine la semence de Clovis : pensez-donc, pour avoir fourbi pareille prouesse, il faut qu'elle soit bien vigoureuse !
Ainsi va la vie, à cette époque et en ce lieu, parmi ces bonnes gens du peuple, tout entier concentrés sur la pérennité de leur laborieuse existence. Que n'avaient-ils besoin qu'un garnement de la trempe de Charlemagne et de ses affidés frères et sœur ne viennent s'y ébattre, bousculant l'ordre établi, faisant fi des convenances et rétifs à toute autorité !
De la fratrie, Charlemagne est, de loin, le plus remuant. Trouvant vite la compagnie de ses semblables incompatible avec ses propres désirs, il se réfugie au cœur de la forêt, là où seuls les loups s'aventurent. Il s'en fera une nouvelle famille d'accueil, quitte à risquer sa peau pour sauver leur museau. Décidément intenable et incontrôlable, pire qu'un animal sauvage pris dans un poulailler, Charlemagne côtoie Charybde et Scylla avec la même désarmante obstination que rien ni personne ne se mettra en travers de sa route.
Mais où le conduit-elle, cette route ? Vers les plus rocambolesques des situations, dont, toujours, il réchappe à force d'une parfois naïve mais opiniâtre volonté. Pour recommencer pis que pendre.
Incorrigible Charlemagne !

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La critique

Mais quel caractère de cochon, ce Charlemagne ! Pas étonnant, me direz-vous, pour un gaillard qui préfère -et de loin- la compagnie des bêtes à celle des hommes. Chiens de chasse, puis loups, puis rats, il les aime tous, probablement parce qu'il les comprend mieux qu'il ne comprend les hommes. Et inversement.
A la décharge de nos congénères, il faut dire que Charlemagne, en plus d'être sacrément mal embouché, est également plus têtu qu'un convoi de mulets, rancunier comme une teigne, rustre comme un sanglier, fantasque comme une loutre et parfois aussi réfléchi qu'une volaille !
Malgré tout, il est irrésistible. Parce qu'il ose des trucs incroyables, sans penser aux conséquences. Qu'il subit, bien sûr, mais avec une désarmante ténacité face à l'adversité qui donne à penser que ce Charlemagne-là a bien un zeste de sang impérial qui coule dans les artères. S'opposer seul, face à la plus formidable battue aux malebêtes (le loup) de la baronnie ne l'effraie pas. Pas plus que de vouloir se marier avec la fille du bourrel, avant de se raviser en toute franchise une fois parvenu devant l'autel !
Ça, on peut dire que les ennuis, il ne fait pas que les chercher, il les provoque, il leur saute dessus les yeux fermés, il les étreint sans pudeur... et il finit toujours par s'en sortir.
Roi de l'évasion (aucune chaîne, prison, forteresse, ne parvient à le retenir, même s'il retrouve assez fréquemment les entraves), Charlemagne veut être un homme libre dans une époque pourtant pas franchement clémente avec les originaux, les marginaux, ceux qui sont rétifs aux ordres établis et qui rechignent à accepter le destin tout tracé par leur naissance. Alors, Charlemagne s'émancipe tout seul, ne reconnaissant ni Dieu, ni maître. Ce qui en fait illico aux yeux de la plupart, au mieux un sacré chenapan, au pire un graine de démon.
Heureusement, il y a sa fratrie. Ses frères et sa sœur, qui, bien qu'ayant emprunté des chemins divergents par la force des choses, n'en constituent pas moins d'indéfectibles alliés, prêts eux aussi à braver toute autorité pour l'amour de leur frère. Et lorsqu'ils sont réunis, la fratrie adopte un comportement tribal. Une micro-société avec ses codes, son langage (le lenou) et son instinct. Une sorte d'entité à laquelle rien ne résiste.

Comme puissant moteur de son intrigue à rebondissements incessants, Michel Folco s'appuie abondamment sur tous les ressorts d'un sentiment humain dévastateur : la vengeance. Que l'on est rancunier dans le Rouergue ! A ce petit jeu, Charlemagne n'est pas le dernier, ce qui l'amène à faire preuve parfois d'une cruauté et d'une amoralité effrayantes. Car Michel Folco n'est pas enlumineur : il ne met pas des couleurs partout, il n'enjolive rien de ce qui devait être la dure réalité de l'époque. Les hommes se trucident sans manières, son héros n'hésitant pas à montrer l'exemple. Ce qui pourrait le rendre foncièrement antipathique. Mais là encore, il n'en est rien, tant l'écart reste grand entre les aspirations naïves mais sincères de Charlemagne et la somme des petites mesquineries et entourloupes qui composent son univers. Avec Folco, l'humanité du siècle des Lumières n'est pas très reluisante ! Mais qu'est-ce que l'on s'amuse !

A l'opposé, Michel Folco, c'est l'ami des animaux. Il ne fait aucun doute en effet que l'auteur a choisi son camp et que sa préférence s'oriente nettement vers ces bestioles peu estimées de l'homme. Le loup d'abord, le rat ensuite. A travers cette ahurissante saga des quintuplés de Racleterre, Michel Folco procède à une réhabilitation de ces deux espèces que l'homme aimerait pourtant bien ne plus avoir à côtoyer. Dans cette optique, son héros est aussi son héraut : Charlemagne Tricotin, ambassadeur de Folco sur cette terre de Rouerge à peine imaginaire, se charge de faire comprendre à ses semblables combien ils sont dans l'erreur. Le titre du premier volume tient dès lors du manifeste : un loup est un loup. Et c'est tout, ajoute Charlemagne. Comprendre qu'un loup n'est ni méchant ni diabolique, qu'il est une bête pas si bête et que s'il a des grandes dents, c'est surtout pour chasser parce qu'il lui faut bien manger.
Le problème de Charlemagne, c'est qu'il n'est pas diplomate. Et qu'il n'est pas tendre avec ses semblables, qui ne l'ont d'ailleurs pas été avec lui.
Constamment, l'œuvre évolue entre ces deux pôles d'attraction : l'homme et l'animal, la bête et... la bête. Car Michel Folco s'évertue à combler le fossé que l'on a bien voulu imaginer entre les deux, au profit exclusif des premiers. Faux, nous démontre l'auteur, avec sa verve souvent verte mais jamais terne.

Avec cette saga décoiffante, Michel Folco continue d'arpenter l'histoire sans la caresser dans le sens du poil. Et c'est tout simplement réjouissant et jubilatoire !

Pour en savoir plus

Michel Folco adore puiser dans le registre "Incroyable mais vrai". Un exemple ? Dans En avant comme avant!, il nous présente le roi-de-rats, créature que peu de lecteurs ont sans doute croisé en chair et en os. Et pourtant, cette bizarrerie animalière existe bien. La preuve au Muséum de Nantes (photos à l'appui).

Michel Folco s'était ouvert une brèche dans le roman historique par un premier coup d'éclats avec Dieu et nous seuls pouvons. Un premier roman qui peut être considéré comme un proche cousin de la saga en cours. D'ailleurs, il existe d'étroits liens de consanguinité entre ces deux branches de l'œuvre de Folco (le petit coin de Rouergue, la lignée des Pibrac exécuteurs de père en fils, etc.)

Toujours plus
C'est un fait : Michel Folco écrit lentement. Parce qu'il prend un soin scrupuleux (et gourmand, sûrement) à se renseigner de fond en comble sur les divers thèmes et anecdotes qui vont irriguer son récit. Dès lors, attendre avant de voir poindre la suite est plutôt gage de la qualité de ce qui va arriver.

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Textes Yodup - Couvertures © Béatrice Turquand / Le Seuil - DDM:11/03/05 15:50

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