Nichons

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"Franchement, moi qui n'aime pas lire, avec ce bouquin, c'était la première fois que je lisais un livre en entier."
Un blogueur influent




 

Bite

Vendredi 18 juillet 2008

Faut savoir se dire adieu. C’est pour ça que je suis là, pour vous dire que faut savoir se dire adieu. Même si c’est un truc qu’on aimerait mieux pas faire. Je me suis dit ça y’a quelques jours. Faut dire que j’avais passé ma journée à ruminer du brouillard parce que je savais pas quoi faire et que je me faisais chier et qu’il faisait pas beau et que j’arrivais même pas à écrire un truc sur mon blog. Ou alors c’était tout simplement parce que Linette venait de me jeter et que c’est vraiment comme ça que je me sentais : comme quelque chose qu’on jette. Comme un vieux truc qui sert plus à rien et qu’arrive vraiment à la fin de sa vie. Voilà, c’est là que j’ai pris ma décision : la décision de mettre fin à ma vie. Parce que tout simplement c’était le bon moment, je me suis vraiment dit ça comme une évidence, que c’était le bon moment pour se dire adieu.

Vous savez comment des fois je dis un truc mais faut comprendre le contraire. Mais là nan. Je dis « mettre fin à ma vie » et ce qui faut comprendre c’est juste ça : que j’ai mis fin à ma vie.
C’est pas une métaphore pour dire que je mets fin à mon blog. Nan. Ce que je dis c’est que j’ai mis fin à ma vie et qu’à l’heure où vous lisez ces mots, on m’enterre.

Ce que j’aimerais, c’est pouvoir vous écrire tout ça sans vous faire de la peine. J’ai pas envie que les gens pleurent. Surtout que tout ça c’est pas triste : je me suis vraiment senti heureux quand j’ai compris que je devais mettre fin à ma vie.
J’ai pas envie de faire chialer tout le monde. Je préférerais me taire que de rien vous dire mais vous savez comment j’aime pas le silence, et encore moins quand y’a pas de bruit.

Je mets fin à ma vie peut-être parce que Linette m’a largué et que, au final, c’est sûrement un bon moment ça, pour mettre fin à une vie. C’est peut-être aussi parce que j’ai eu mon bac, et que depuis toujours à la maison, le bac c’est comme le monstre du dernier tableau. Le dernier monstre à tuer dans les jeux vidéo. Le bac chez nous c’est pareil : la petite musique rigolote qui dit que t’as gagné, mais c’est quand même la fin du jeu. Ou alors c’est à cause de mon père qui dit que je peux arrêter de glander et que la boite d’intérim a appelé. Et franchement : quel mec de mon âge a envie de se lever à 5 heures du mat’ pour mettre de la lessive en poudre dans des boites en carton au lieu de glander au soleil ? C’est peut-être pour ça que j’ai envie d’en finir. Ou alors c’est parce que jouer les écrivains de 15 ans c’est pas bien, et que c’est un mensonge que je veux pas continuer à porter parce que je suis pas un écrivain de 15 ans. Je suis juste quelqu’un qui aime écrire. Mais c’est pas ça être écrivain, ou en tout cas ça devrait pas être ça.
Et pis j’ai 18 ans maintenant.

Ma mère aussi ça lui fera de la peine : son petit garçon elle aurait voulu le garder toute la vie. Mais ça c’est un truc entre elle et moi et j’ai pas envie d’en parler ici.

A l’heure où vous lirez ces mots, on m’enterra dans la carrière, à côté du gros rocher noir qu’on appelait l’Enclume. Y’aura Crocheton, revenu de Paris, exprès. Y’aura Crocheton qui murmurera adieu entre ses lèvres. Parce qu’il sait bien lui, Croch’, qu’il faut savoir se dire adieu. Même si c’est dur.

Y’aura des gens, je sais. Je suis pas con. Y’aura des gens qui diront que la communauté yavish et pis tout ça et des histoires de secte ou de suicide et ces conneries que disent les gens. Et puis vous comprenez son père est pasteur de la communauté. C’est à eux aussi que j’écris. Pour leur dire que c’est vrai. Que c’est vrai que mon père qui est pasteur de la communauté yavish, que mon père m’a inculqué le sens du sacrifice. C’est vrai que c’est mon père qui m’a appris qu’il faut savoir mettre un terme à une vie. Même si cette vie, c’est la mienne. Qu’il faut pas avoir peur parce que, tu sais, mon fils, après, il y a une autre vie. Il y a une autre vie. Après. Et c’est vrai oui, c’est mon père qui nous enseigne qu’il faut savoir se dire adieu. Mais est-ce que c’est pas tout simplement le rôle d’un père ?

Y’aura toujours des gens pour dire qu’on aurait dû s’en rendre compte. En trois ans de blog, quand même, on aurait dû voir venir le truc. Y’aura toujours des gens pour prendre sur eux toute la culpabilité du monde. Y’aura toujours des gens pour cracher sur ce qui est laid. Et y’aura toujours des gens pour cracher sur ce qui est beau. Et souvent ce sera les mêmes.

Au moment où vous lisez ces mots, Crocheton balance une pelletée de terre dans un trou creusé au pied du rocher noir. Il enterre son petit frère. Voilà, y’a rien de plus à dire que ça : il enterre son petit frère.



BRAD-PITT DEUCHFALH
1990-2008
*

Postiche est là aussi. Et au fond du trou ce qu’on peut voir c’est mes baskets qui émergent de la terre. Mes baskets que maman avait achetées à Carrefour et que je trouvais moches mais que j’ai plus quittées après ça pendant trois ans. Ce qu’on peut voir aussi, au fond de la tombe, c’est mon lance-pierre. Et à côté c’est mes cahiers, mes classeurs, mes bouquins, tous ces trucs qui m’ont amené jusqu’au dernier monstre, le bac. Tous ces trucs qu’on apprend. Qu’on apprend pour passer le bac. Pour entendre la petite musique rigolote qui dit que t’as gagné. Mais t’as gagné quoi ?

Alors voilà, y’a quelques jours Linette était partie, c’était fini. Et puis je regardais les résultats du bac et je l’avais foudroyé, le monstre du dernier tableau. J’étais arrivé à la fin du jeu. Comme avec Linette. Après ça y’avait plus rien. Alors fallait mettre fin à cette vie. Le moment était venu. Tout simplement. Comme une évidence.

Au moment où vous lisez ces mots, Crocheton jette de la terre au fond du trou et mes baskets disparaissent dans le sol. Il murmure adieu. Adieu Brady. Et il me regarde. Il regarde mon visage qui a l’air tellement paisible. Tellement serein.
Au fond de cette tombe, ce qu’on peut voir c’est ma jeunesse.

Faut pas pleurer parce que tout ça c’est pas triste. Je suis heureux là où je suis. Car j’ai mis un terme à une vie. Même si cette vie, c’était la mienne.
Et je sais que c’est mon père qui a raison : il y a une autre vie.
Après.
Une deuxième vie qui me rendra heureux. Incroyablement heureux.
Il faut juste savoir se dire adieu.
Et là, tout de suite, avec ce sourire incroyable sur mon visage tellement serein, c’est exactement ce que je fais : je me dis adieu. Oui voilà, heureux comme jamais, j’avance d’un pas vers cette tombe où j’enterre ma jeunesse, et c’est ça que je lui dis : adieu.
Et ma deuxième vie commence.




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Mardi 1 juillet 2008

On est le 1er juillet. C’est les vacances. Linette s’en va. Pendant deux mois. Et c’est pour ça que je suis complètement largué. A l’ouest. Et la question que je me pose c’est : comment je vais faire, sans elle ?
Voilà, y’aura pas de chute inattendue ou surprenante, tout est dit : elle part en vacances et je suis largué. Faut dire que ça fait six mois que je sors avec Linette. Six mois aujourd’hui.

« J’ai pas envie d’être en vacances, toute seule. »
Linette part en vacances samedi prochain. Dans le sud. Pendant un mois. Et après ça elle va un mois en Corse. Alors elle dit qu’elle a pas envie d’être en vacances toute seule et moi je lui réponds qu’elle sera pas toute seule et que faut pas qu’elle se. Mais elle m’écoute pas, elle continue de parler. Alors je me tais et elle est en train de dire : « plage, d’accord, mais quand même : j’ai pas envie de me faire draguer par tous les mecs du camping » et moi je dis que c’est normal que les mecs la draguent, elle est super jolie alors il faut prendre ça comme. Mais là encore elle m’écoute pas, elle continue de parler. Et moi je me dis que c’est quand même fou. C’est fou que les meufs elles se prennent la tête comme ça. Elle part en vacances pendant deux mois, putain j’aimerais bien moi me barrer deux mois au soleil à rien foutre, elle se barre en vacances pendant deux mois et elle se prend la tête parce qu’on va pas se voir.

Putain, ce serait plutôt à moi de me prendre la tête. Moi je vais rester comme un con chez moi à attendre qu’une boite d’intérim me trouve du boulot avec mon père qui gueule : est-ce que j’ai rien d’autre à foutre que de bronzer dans le jardin ?!

« Rhalala Brad, je vais avoir la belle vie pendant deux mois pendant que toi tu vas te faire chier comme un pauv’con, c’est vraiment dur pour moi » C’est pas ça qu’elle dit mais ça revient au même. Ce qu’elle dit vraiment c’est : « parce que moi tu sais Brad, j’ai pas envie de me taper le premier mec venu alors que je sors déjà avec toi, je suis pas comme ça. »
Je vois bien qu’elle essaye de me rassurer. Je suis pas con.
C’est mignon. Je sais pas à quoi ça sert mais c’est mignon.

Linette, je la connais bien, ça fait six mois qu’on sort ensemble. Et Linette, son grand truc c’est ça : elle veut pas être infidèle. Jamais. Je le sais, elle arrête pas de le dire tout le temps. Et moi je me dis tout le temps que y’a que les meufs pour dire des trucs comme ça : je serai jamais infidèle.

Ce que je veux dire c’est qu’on peut pas savoir, on peut pas jurer qu’on va rester fidèle. C’est pas possible. Après tout, on peut aussi faire des erreurs, être bourré à la vodka et se faire sucer dans une ruelle par la meilleure copine de sa meuf. Tromper quelqu’un c’est quelque chose qui arrive en deux minutes. C’est ça que je voudrais lui dire à Linette : qu’on est jamais sûr de rien et que des fois on se réveille en se demandant : est-ce qu’elle va le savoir ? C’est ça que je voudrais lui dire. Mais je veux pas qu’elle sache que je l’ai trompée avec Lafleur. Parce que je veux pas la perdre : Linette c’est la fille idéale.
Alors je lui dis rien, je me tais. Et à ce moment-là, ce qui m’étonne vraiment, c’est que c’est elle qui dit : « on peut pas jurer qu’on va rester fidèle. Tromper quelqu’un c’est quelque chose qui arrive en deux minutes. » Et puis elle répète encore qu’elle veut pas être infidèle. Jamais. Que les surfeurs, c’est vrai, ça la fait craquer. Mais elle veut pas être infidèle. Alors pour les vacances, elle préfère partir en célibataire. C’est ça qu’elle dit. Qu’avant les vacances elle préfère me larguer.




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Dimanche 22 juin 2008

Bien sûr qu'on le sait que le voisin est un gros connard et même si c'était la nuit noire et que c'était super calme et hyper silencieux comme si le temps s'était caché sous les draps on a tous sursautés dans notre lit à six heures du matin quand y'a eu ce putain de bruit qui venait d'en face et il était six heures du mat' et bien sûr qu'on a tout de suite su que c'était le voisin.
Bien sûr que c'est un gros connard le voisin mais quand même ça a fait PAN.

Hommage à mon voisin :

Le voisin avait 19 ans.
Revolver. Canon dans la bouche. Le doigt sur la détente. PAN.
Vous allez me demander : "dans une telle situation quelles sont les chances de survie ?"
Je vais vous répondre "Survivre dans une telle situation, est-ce que c'est une chance ?"

Le voisin n'aura jamais 20 ans.
Revolver. Canon dans la bouche. Le doigt sur la détente. PAN.
Quand on se balance au fond de la gorge le souffle brûlant d'une arme à feu, c'est pas parce qu'on est jeune qu'on s'en sortira mieux.

C'était un appel au secours qu'ils vont dire. C'était la faute à pas de chance, on a pas su entendre son désarroi, faut pas que ça se reproduise… nan, faut pas que ça se reproduise.

Quand sa mère est entrée dans sa chambre, déjà les jambes tremblotantes d'imaginer ce qu'avait pu être cette détonation, comme si au fond déjà elle savait, quand sa mère est entrée dans sa chambre, ça a fait un bruit sourd quand ses genoux ont cogné sur le sol. BOM. Parce que sa mère soudain, y'a plus rien qui la tenait debout, c'est sa vie qu'a foutu le camp sous ses pieds quand elle a vu son fils étendu là.
Est-ce qu'il l'a entendue ? Est-ce qu'il l'a entendue sa mère, quand elle a voulu gueuler mais que ses mots se sont noyés dans le fond de sa gorge ? Est-ce qu'il l'a entendue sa mère quand c'est trop tard qu'elle lui a dit je t'aime ? Nan. Nan, il a juste entendu PAN et c'est tout, juste la déflagration de sa tête contre le mur. Juste le ballon de son crane qui badabome contre le béton et sa cervelle qui sclhurfe en rouge sur le sol. Et puis plus rien.

Qu'est-ce qu'il voulait lui ? Qu'est-ce qu'il disait dans son silence ? Est-ce qu'elle était si haute sa montagne ? Est-ce qu'on était pas déjà nombreux au sommet ? Est-ce qu'il y avait pas de place pour lui ?
C'est l'adolescence qu'ils diront. C'est la jeunesse. Ouais. Ouais les gars, c'est ça, c'est la jeunesse. Notre révolte à nous…

Voilà ce que le voisin aurait écrit s'il avait eu un peu talent. Si y'avait eu un flingue dans le tiroir. C'est la pensée qui m'est venue quand j'ai sursauté dans mon lit à six heures du matin parce que ce gros connard avait décidé de jouer de la batterie complètement bourré dans son jardin sous prétexte que c'est la fête de la musique.
Si y'a trois ans, Crocheton avait trouvé un flingue dans le tiroir.
Si notre voisin avait un peu de talent.




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Jeudi 12 juin 2008

Je préfère vous prévenir tout de suite : cet article va rester très peu de temps sur mon blog car il est formellement interdit d'annoncer les sujets du bac avant la date officielle de l'épreuve. Je prends quand même le risque.

Selon une source sûre (je peux evidemment pas dire qui c'est), cette année, à l'épreuve de philo du bac (pour les ES) il y aura comme sujet :
"La vérité est-elle faite de suppositions ?"




par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour
Samedi 7 juin 2008
Publication d'un texte avec une semaine de retard. En pleine révision pour le bac.

Oh oui traite-moi de salope, oh oui traite-moi de sale chienne. C’est fou comme les nanas elles aiment qu’on leur donne des noms bizarres. Oh oui traite-moi d’ustensile. Ouais. Elles adorent qu’on leur donne des noms cheulous, les meufs, dans les films pornos.
Traite-moi de récipient.

Des films pornos, j’en ai vu un paquet. Surtout chez Benoît. Et pis sur internet. Mais j’aurais jamais cru que les meufs elles voulaient vraiment qu’on leur donne des noms cheulous. En vrai je veux dire. J’aurais jamais cru qu’une fille me demanderait ça, à moi, de lui donner des noms cheulous. Et en plus, là, c’est Linette.

Pour ceux qui lisent pas mon blog et qui débarquent, Linette et Lafleur, c’est les deux meilleures amies du monde. Mais c’est surtout les deux plus belles filles du monde. Et de mon lycée aussi. Et Linette c’est ma copine, ma 1ère copine, la première fille qui me roule une pelle pour être plus clair. Avant elle j’étais puceau de la langue. Et pourtant j’ai 18 ans.
Donc bon, des fois dans la vraie vie, y’a des filles, moi avant je le savais pas, mais c’est vrai : y’a des filles elles veulent que tu leur donnes des noms bizarres. Et là, c’est Linette.

Ton cadeau d’anniversaire. C’est ça qu’elle dit. Que ce sera mon cadeau d’anniversaire. Pour mes dix-huit ans. Moi je dis que j’aurais 18 ans que dans 6 minutes et 57, 56, 55 et je sais pas ce qu’elle répond parce qu’elle baisse ma braguette : fzziii.

Voilà, c’est samedi soir, et c’est la fête. A minuit pile, dong, j’embrasse Linette et ça fait exactement 5 mois qu’on sort ensemble. Five. Et au même moment, dong, j’entre dans ma 18ème année. Dix-huit ans. La majorité mec ! Bienvenue au club ! Autant dire que c’est un moment important. Flaaash : photo mentale.

Cent vingt huit minutes plus tard ça fait fzziii et c’est ma braguette qui descend. Mon cadeau d’anniversaire. Ma première pipe. Autant dire que c’est vraiment un moment important. Flaaash : photo mentale.

Il est donc 2h09 du matin et j’ai 18 ans et mon zboub dans une bouche qui n’est pas la mienne. Et ce que je dis c’est putain Linette t’es vraiment une salope. Et puis : vazi Linette, suce-moi jusqu’au trognon sale chienne.
Je répète mot pour mot ce qu’elle m’a demandé de lui dire. Mais j’ai vraiment du mal avec ce manque de respect.

La condition. C’est ça qu’elle dit. A genou devant ma braguette. Que la condition c’est ça : que je lui répète toutes les insultes qu’elle me souffle. Elle dit que c’est ça son truc : un coup elle aspire. Un coup elle souffle.

« Je vais te remplir, Linette, comme une oie. »
Nan, sérieux : ce manque de respect, c’est pas du tout mon truc.

C’est peut-être parce que je suis amoureux. Je dis pas que je suis amoureux. Mais si ça me gêne de lui dire « Linette t'avales comme un aspirateur » (putain mais où elle va chercher des expressions pareilles ?) c’est peut-être que je suis amoureux. Je sais pas.

En ce moment j’arrête pas de me poser des questions sur le sexe et sur l’amour. Parce que tout le monde dit que le sexe ça fait partie de l’amour, que le sexe avec quelqu’un qu’on aime c’est comme une sorte d’osmose, mais moi j’ai plutôt l’impression que c’est des discours de bonnefemmes tout ça. J’ai l’impression qu’en fait le romantisme c’est avant et après mais que pendant c’est du cul et pis c’est tout.
Et ça veut dire que le romantisme et le cul c’est deux trucs différents. Pour les autres je veux dire, parce que pour moi justement le romantisme c’est pas différent du cul, nan, c’est la même chose.
Je dis pas que le romantisme c’est de baiser, nan, c’est pas ça que je dis. Ce que je dis c’est que ma vision à moi du romantisme c’est un truc dans lequel le sexe est pas plus important ou moins important, ou à côté, ou avant, ou après.

Avec Linette souvent on dit la même chose au même moment. Je dis « dans la ruelle » et exactement au même moment elle dit « dans la ruelle ». Elle dit « dans 10 minutes » et au même moment je dis « dans 10 minutes ». Et si je disais « j’ai vachement envie que tu me suces », je suis sûr qu’elle dirait « j’ai super envie de te sucer » et ce serait vachement romantique.
Ou même mieux, moi je dirais rien et elle, elle s’agenouillerait et ouvrirait ma braguette. Ce serait ça le romantisme. Être exactement sur la même longueur d’onde, au même moment.

Mais là, tout de suite, je regarde la photo mentale et tout ce que je vois c’est juste un mec debout avec son zboub dans la bouche d’une fille. Et le mec répète ce que la fille lui dit de dire. Et ce qu’il dit, là, tout de suite, le mec, c’est : t’es qu’une gourde à sperme Linette et je vais te remplir jusqu’au goulot !
Et le mec, c’est moi.

Et ça, personne le sait, mais ce que je pense à ce moment-là, c’est : elles sont graves quand même les nanas. Y’a vraiment un truc qui cloche chez les meufs.

Et c’est là qu’elle enlève mon zboub tout gonflé de sa bouche pour me souffler mon texte : « t’es qu’une petite pute Linette, une petite moins-que-rien bonne qu’à bouffer de la bite ! » Et là, jusqu’à l’autre bout de la ville, on m’entend hurler comme un loup : NOOOON !
Et dans les cours, on entend l’écho : non non.
Et l’écho de l’écho dans les arrière-cours : non non non non.
Et puis ça fait flash, et la photo mentale c’est celle de mon zboub immobile, avec en arrière plan flou, ses deux yeux à elle. Et la bande-son qui gueule c’est : putain mais c’est quoi ça ? Le manque de respect, c’est quoi, c’est ta drogue ? C’est un besoin chez toi ? Jamais tu t’es dit que t’avais un problème ma grande ? T’es grave, putain, j’ai jamais vu ça !

Tout ça c’est moi qui le dis. Et j’ai beau avoir la bite à l’air, je suis quand même super impressionnant je crois. Parce qu’elle me répond toute intimidée : si ça te dérange de me traiter de putain, tu peux me traiter de contenant. Ou de poche.

Et là, tout de suite, alors que je range mon zboub encore tout mouillé de sa salive, je me dis que ça va être compliqué, mais vraiment très compliqué, de lui expliquer que ce manque de respect, c’est vraiment quelque chose qui me.
Qui me choque.

Comment on peut manquer de respect à quelqu’un qu’on aime ?

Nan, j’aurais jamais cru qu’une fille me demanderait ça, à moi, de lui donner des noms cheulous. Et en plus, là, c’est Linette. Alors évidemment c’est ça que je lui dis :
« J’aurais jamais cru qu’une fille me demanderait ça, à moi, de lui donner des noms cheulous. Et en plus, là, c’est Linette. Le nom que tu veux que je te donne, c’est Linette ! C’est le nom de ta meilleure amie, putain !
Merde, Lafleur t’as vraiment aucun respect. »




 


par Brad-Pitt Deuchfalh publié dans : Au jour le jour

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