i vous vous posez une question sur un point précis de français ou si vous souhaitez simplement approfondir votre connaissance de la langue française, cette rubrique vous est destinée.

     ous y trouverez les questions les plus fréquemment posées par nos correspondants, assorties des réponses du Service du Dictionnaire de l’Académie française.

    i vous vous interrogez sur d’autres points de langue, le Service est là pour vous répondre. Prenez contact avec nous : dictionnaire@academie-francaise.fr.

A

À : « la voiture de Julie » ou « la voiture à Julie » ?

À l’attention de, à l’intention de

À ou chez (établissements commerciaux)

Accentuation des majuscules

Aller : quel groupe de verbes ?

Amour, délice et orgue

« An deux mil » ou « an deux mille » ?

Anglicismes et autres emprunts

Apposition : « Les danseuses étoiles regardent des films culte »
Apprentissage du français

Au jour d’aujourd’hui

Au temps pour moi

Avoir l’air : « Elle a l’air malin » ou « Elle a l’air maligne » ?

C

C’est / Ce sont

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Cédérom

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

Collections et collectionneurs
Couleur : accord de l’adjectif et du nom

Courbatu, courbaturé

Courriel/ Mél.
D

Déchèterie

Deuxième, second

Dimanche : premier ou dernier jour de la semaine ?

E
« En tant que de » ou « autant que de » (besoin, raison) ?
En termes de / Au terme de
État de droit/ état de droit

Être pour aller

Euro, cent

Évènement (voir l’article Rectifications de l’orthographe)

F

Fainéant

Fautes de langue dans les médias

Féminisation (des noms de métier, de titres, etc.)

G

Gré (savoir)
I-J
Impératif
Jours de la semaine (pluriel et majuscules)
L

Le haricot ou l’haricot ?

« Le plus belle » ou « la plus belle » ?
Leur chapeau ou leurs chapeaux ?
Liaisons
M
Majuscules

Malgré que

Mandature
Master/Magistère

Mél. Voir l’article Courriel.

Midi : « le midi », « ce midi »
Mots nouveaux ou néologismes
N

Nom collectif suivi d’un complément au pluriel (accord du verbe)

Nombre de mots de la langue française

Nombres (écriture, lecture, accord)

Noms géographiques et leurs articles

O
On, nous, vous (accord)

Origine du français

Orthographes recommandées de la 9e édition

P

Par contre

« Par moments » mais « trois fois par jour »

Participe passé (accord)
Partitif et déterminant
Personnel : singulier ou pluriel

Pis ou pire ?

Plein (battre son)

Pourcentages (accord)

Pronominaux (Verbes, accord du participe passé)

Prononciation : « é » ou « è »
R

Rectifications de l’orthographe

Réponse à l'interro-négative

« Résidant » ou « résident » ?

S

« Sabler » ou « sabrer le champagne » ?

Sans chapeau, sans chaussures

Septante, octante, nonante

Sigles et acronymes (différence, genre, pluriel)
Sot !
Soudure
Suite à / De suite
Sur Paris ?
T
Tel/ Tel que (accord)
Temps surcomposés
Terminologie et néologie
« Tout étonnée », mais « toute surprise »

À : « la voiture de Julie » ou « la voiture à Julie » ?

La préposition à marque normalement l’appartenance après un verbe (cette maison est, appartient à notre ami). On l’emploie avec la même valeur devant un pronom, seule (un ami à nous) ou pour reprendre un possessif (c’est sa manière à lui). Mais on ne peut plus l’employer entre deux noms, comme on le faisait dans l’ancienne langue, sauf dans des locutions figées (une bête à Bon Dieu), par archaïsme ou dans un usage très familier. On dira : la voiture de Julie, les fleurs de ma mère.

 

À l’attention de, à l’intention de

La formule par laquelle, dans le langage de l’administration, on indique le destinataire d’une lettre, d’une communication, d’un envoi, est à l’attention de, pour marquer que l’on attire l’attention du destinataire, que l’on soumet cette lettre, etc., à son attention.

La locution à l’intention de (quelqu’un) signifie « pour lui, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique » : Il a acheté ce livre à leur intention, pour le leur offrir. On compose un poème à l’intention d’un ami. On fait dire une messe à l’intention d’un défunt.

 

À ou chez (établissements commerciaux)

Chez – étymologiquement : « dans la maison » – ne se dit qu’en parlant de personnes et, par extension, d'êtres animés ou d’êtres personnifiés : Il habite chez ses parents. Chez les rapaces, le bec est généralement corné.

Dans le cas d'établissements commerciaux, quatre cas sont possibles :
- la raison sociale se confond avec un nom de personne, et l’on utilise chez : Aller chez Durand et fils ;

- la raison sociale est un nom de chose ou un groupe comprenant un tel nom, et l’on utilise à : Aller au Bon Marché ;

- on traite comme nom de chose ce qui était autrefois un nom de personne et on utilise à : Aller à la Samaritaine ;

- on traite comme nom de personne un nom de chose, un acronyme, etc. et on utilise chez : Aller chez Fiat.

Dans le cas où l’usage n’est pas fixé, à ou chez sont possibles : certains auront en tête le nom de personne Leclerc et diront chez Leclerc ; d’autres, par une sorte d’ellipse, diront à Leclerc pour au magasin Leclerc.

On dit peut-être plus couramment à Carrefour, à Auchan que chez Carrefour, chez Auchan. On n’utilisera l’article défini que pour désigner un magasin particulier : à l’Auchan de tel endroit, au Carrefour de telle ville.

 

Accentuation des majuscules

On ne peut que déplorer que l’usage des accents sur les majuscules soit flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l’omission des accents. En typographie, parfois, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.

Il convient cependant d’observer qu’en français, l’accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur. Il en va de même pour le tréma et la cédille.

On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À, comme le font bien sûr tous les dictionnaires, à commencer par le Dictionnaire de l’Académie française, ou les grammaires, comme le Bon usage de Grevisse, mais aussi l’Imprimerie nationale, la Bibliothèque de la Pléiade, etc. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle.

 

Aller : quel groupe de verbes ?

En tant qu’irrégulier, le verbe aller ne saurait appartenir au « premier groupe », qui ne comporte par définition que des verbes dont la conjugaison est régulière, c’est-à-dire tous les verbes dont l’infinitif est en -er sauf aller et envoyer. Il convient donc de le ranger dans le « troisième groupe » avec tous les verbes irréguliers.

Sur ce point, voici une délicieuse anecdote que rapportait Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel :

Un Anglais se plaignait amèrement de l’irrégularité des verbes français, qu’il apprenait : le verbe aller, disait-il, est impossible. Il avait toutes les peines du monde à retenir le premier temps, qu’il récitait à tout propos, et qu’un jeune voyageur français lui avait appris ainsi :

Je vais,
Tu danses,
Il se promène,
Nous courons
Vous partez
Ils marchent.

 

Amour, délice et orgue

Amour, délice et orgue peuvent être masculins au singulier et féminins au pluriel.
Amour (au sens de « sentiment passionné ; passion charnelle ») est souvent féminin au pluriel. On le rencontre, soit dans un usage populaire qui se reflète dans divers textes (chansons...), soit dans une langue littéraire assez recherchée, au féminin singulier (« L’amour, la vraie, la grande... » chez Anouilh ; « la grande amour » chez Queneau ; « cette amour curieuse » chez Valéry ; Une amour violente, enregistré par l’Académie), tandis que le masculin pluriel appartient à tous les niveaux de langue. En dehors de ces sens, amour est presque toujours masculin, au singulier comme au pluriel ; il l’est toujours quand il désigne des représentations du dieu Amour.

Délice est généralement masculin au singulier et féminin au pluriel. Cependant, après des expressions comme un de, un des, le plus grand des, etc., suivies du complément délices au pluriel, le masculin est conservé : un de ses plus suaves délices...

Orgue, masculin au singulier, est généralement féminin au pluriel quand il désigne de façon emphatique un seul instrument (les grandes orgues de cette cathédrale), mais reste au masculin quand il s’agit d’un vrai pluriel (les orgues anciens de cette région).


« An deux mil » ou « an deux mille » ?

L’Académie n’admet (et ne privilégie) la variante mil de mille, dans les dates, que lorsque le numéral au singulier est suivi d’un ou plusieurs autres nombres.

Selon cette règle, on devrait écrire l’an mille, mais la graphie l’an mil est assez fréquente. Elle peut se justifier par l’étymologie : pour un seul millier, le latin employait mille, d’où est issue en ancien français la forme mil ; pour plusieurs milliers, le latin utilisait milia, d’où vient notre mille, autrefois prononcé comme dans famille. En outre, dès les débuts de notre langue, les deux formes mil et mille ont été employées concurremment, au singulier comme au pluriel. La règle actuelle, fixée par Oudin, est donc arbitraire. Mais elle s’est imposée au XVIIIe siècle.

En résumé, nous conseillons d’écrire non seulement l’an deux mille, mais aussi l’an deux mille dix, etc.

 

Anglicismes et autres emprunts

Il est excessif de parler d’une invasion de la langue française par les mots anglais. Les emprunts à l’anglais sont un phénomène ancien. Pour en donner quelques exemples :

— avant 1700 : ajourner, boulingrin, contredanse, gentleman, gentry, groom, lord, lord-maire, paquebot, yard, yeoman ;
— entre 1700 et 1800 : anesthésie, balbuzard, bas-bleu, gin, méthodisme, pickpocket, stick ;
— entre 1800 et 1850 : autobiographie, bifteck, cold-cream, job, mess, pickles, silicium, sinécure, speech, steamer ;
— entre 1850 et 1900 : base-ball, building, dribbleur, goal, lift, lunch, spinnaker, visualiser ;
— entre 1900 et 1920 : autocar, chewing-gum, crawl, vamp, vitamine ;
— entre 1920 et 1940 : break, bulldozer, chips, covalence, dévaluer, holding, ionosphère, mescaline, méson, oscar, show, technicolor ;
— entre 1940 et 1960 : baffle, diariste, jet, marketing, offshore, pergélisol, permafrost, pop, sexy, station service ;
— après 1960 : audit, codon, cutter, jogging, kart, patch, patchwork, permissif, pesticide.

Aux emprunts proprement dits, il convient d’ajouter les emprunts sémantiques (qui consistent à donner une nouvelle acception, anglaise en l’occurrence, à des mots français existants comme conventionnel ou négocier), les réintroductions de termes anciennement empruntés au français par l’anglais (comme chalenge, coach), et les calques (traductions terme à terme de l’anglais comme guerre froide, cols blancs et cols bleus, homme de la rue...).

Cette extension des emprunts à l’anglais, qui a connu une accélération depuis une cinquantaine d’années, tient au fait que l’anglais est aussi la langue de la première puissance économique, politique et militaire, et l’instrument de communication de larges domaines spécialisés des sciences et des techniques, de l’économie et des finances, du sport, etc. À cela s’ajoute que l’on concède généralement à l’anglais une concision expressive et imagée qui, si elle peut nuire parfois à la précision (surtout dans l’anglo-américain très pauvre qui sert ordinairement de langue internationale commune), s’accorde au rythme précipité de la vie moderne. Langue mondiale d’usage pratique, l’anglais (principalement l’anglo-américain) exerce une forte pression sur toutes les autres langues. Si Étiemble a popularisé, dans son livre Parlez-vous franglais ? paru en 1964, le terme qu’il avait créé en 1959, on rencontre à la même époque japlish « mélange de japonais et d’anglais », puis spanglish « espagnol et anglais », gerglish « allemand et anglais », russglish, chinglish, etc. Dans tous les pays, des inquiétudes se sont manifestées, parfois avec véhémence, des voix ont proclamé que la langue nationale était en danger. Qu’en est-il vraiment ?

Un Dictionnaire des anglicismes de 1990 en enregistre moins de 3000, dont près de la moitié sont d’ores et déjà vieillis. Les anglicismes d’usage, donc, représenteraient environ 2,5 % du vocabulaire courant qui comprend 60 000 mots. Un Dictionnaire des mots anglais du français de 1998, plus vaste, évalue les emprunts de l’anglais à 4 ou 5 % du lexique français courant. Si l’on considère les fréquences d’emploi de ces anglicismes, on constate que beaucoup appartiennent à des domaines spécialisés ou semi-spécialisés et sont donc assez peu fréquents dans la langue courante. Quant aux termes purement techniques d’origine anglaise en usage en France, leur pourcentage est du même ordre.

Il est en outre à noter que l’on ne considère ordinairement que le lexique pour parler d’une « invasion » de l’anglais. Mais il convient également de veiller à ce que ne soient touchés ni le système phonologique, ni la morphologie, ni la syntaxe, ce à quoi s’emploie l’Académie française. Ainsi suit-elle attentivement l’évolution de certains abus tels que la propension à multiplier les tournures passives, les constructions en apposition et les nominalisations.

Comment se comporter vis-à-vis des emprunts ? La question n’est pas neuve : au XVIe siècle, déjà, certains s’inquiétaient des italianismes — quelques centaines de mots italiens introduits en français.

Certains emprunts contribuent à la vie de la langue, quand le français n’a pas d’équivalent tout prêt ni les moyens d’en fabriquer un qui soit commode, quand ils répondent à un besoin, et quand leur sens est tout à fait clair. C’est ainsi que Nodier, cité par Littré, remarquait que « Confortable est un anglicisme très-intelligible et très-nécessaire à notre langue, où il n’a pas d’équivalent. »

D’autres sont nuisibles, quand ils sont dus à une recherche de la facilité qui ne fait qu’introduire la confusion : on emploie un anglicisme vague pour ne pas se donner la peine de chercher le terme français existant parmi plusieurs synonymes ou quasi-synonymes. C’est le cas, entre autres, de finaliser, performant, collaboratif, dédié à (dans le sens de « consacré à ») ou, pire encore, de cool, speed, fun, etc.

D’autres enfin sont inutiles ou évitables, comme la plupart de ceux qui relèvent d’une mode, ceux par exemple qui ont été introduits au XIXe siècle par les « snobs » et les « sportsmen » ou ceux qui, aujourd’hui, sont proposés par des personnes férues de « high tech » ou qui se veulent très « hype » : emprunts « de luxe » en quelque sorte, qui permettent de se distinguer, de paraître très au fait, alors que le français dispose déjà de termes équivalents. Ainsi feedback  pour retour, speech pour discours, customiser pour personnaliser ou news pour informations. On remarquera qu’il en va heureusement de ces anglicismes comme de toutes les modes, et qu’ils n’ont parfois qu’une vie éphémère : plus personne ne dit speaker (à la radio), lift (pour ascenseur), ou starter, tea gown, etc., plus récemment des termes comme pitch ou soirées afterwork, un temps très en vogue, semblent passer de mode. De même, on ne dit plus computer mais ordinateur, software mais logiciel, et on opte pour la vidéo à la demande, l’accès sans fil à l’internet, le biocarburant, le voyagiste, le covoiturage, le monospace, la navette, le passe, etc. ; cette évolution a été permise grâce au travail de terminologie et de néologie mené par le dispositif de terminologie et de néologie auquel participe l’Académie française.

Il y a donc un tri à opérer. L’Académie française s’y consacre, par son Dictionnaire et ses mises en garde, et par le rôle qu’elle tient dans les commissions officielles de terminologie et de néologie des différents ministères et au sein de la Commission générale (voir l’article Terminologie). Elle contribue à la publication régulière d’équivalents français, répertoriés dans la base de données France Terme, accessible aux professionnels et au grand public.

 

Apposition : « Les danseuses étoiles regardent des films culte »

Au pluriel, dans des syntagmes comme danseuse étoile, film culte, produit phare ou mot clé, qui sont formés d’un nom mis en apposition à un autre nom, le mot apposé suit la règle suivante : il varie uniquement si on peut établir une relation d’équivalence entre celui-ci et le mot auquel il est apposé.

Ainsi, on écrira Les danseuses étoiles regardent des films culte, car si l’on considère que les danseuses sont des étoiles (elles ont les mêmes propriétés qu’elles, elles brillent de la même façon), il est évident que les films ne sont pas des cultes, mais qu’ils font l’objet d’un culte.

 

Apprentissage du français

Si vous souhaitez apprendre le français ou améliorer votre maîtrise de cette langue, le mieux est de vous adresser à l’Alliance française ou à tout autre institut français dépendant des services culturels de l’ambassade de France. Sachez que l’Académie française n’est pas un établissement d’enseignement et ne dispense pas de cours de langue.

Toutefois, pour vous aider dans votre apprentissage, vous pouvez consulter la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française ainsi que la rubrique « Questions de langue », qui traite d’un certain nombre de difficultés propres à la langue française ; l’une et l’autre sont en accès libre sur notre site.

Nous vous encourageons par ailleurs à mettre le plus possible en pratique vos connaissances, par exemple en lisant des journaux, magazines ou livres en français (les grandes œuvres francophones libres de droits sont téléchargeables gratuitement sur différents sites de l’internet, comme celui de la Bibliothèque nationale de France, Gallica), en regardant des films français en version originale et, si vous le pouvez, en cherchant à converser dans notre langue avec des personnes francophones.

Enfin, vous trouverez sur l’internet de nombreux sites qui vous permettront de perfectionner votre connaissance du français, quel que soit votre niveau. Parmi ceux-ci, on peut citer :
     - le site Orthonet , qui offre des explications aux difficultés de la langue française et  des jeux pour éprouver vos connaissances linguistiques ;
     - la partie « langue française » du site de la chaîne RFI, ainsi que le site de la chaîne TV5 monde, qui proposent tous deux quelques cours et exercices ainsi que des ressources audiovisuelles pour comprendre le français.

L’accès à ces sites est gratuit. Il en existe bien d’autres encore, dont vous trouverez une liste plus complète sur le site de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Nous vous souhaitons bonne chance et vous adressons tous nos encouragements dans votre apprentissage de la langue française.

 

Au jour d’aujourd’hui

Au jour d’aujourd’hui, particulièrement redondant puisque aujourd’hui comporte déjà deux fois l’idée du « jour où nous sommes » (c’est le sens de hui, qui vient du latin hodie), se trouve parfois dans la langue littéraire, chez de fort bons auteurs, et très bien employé, lorsqu’il y a volonté d’insistance, pour bien marquer soit une étroite limite temporelle, soit une immédiate actualité. Ainsi chez Maurice Genevoix : « Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu’au jour d’aujourd’hui ». On l’emploie souvent avec une nuance de plaisanterie. L’essentiel est de n’en pas abuser, mais en elle-même, cette tournure n’est pas incorrecte.

 

Au temps pour moi

Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l’expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, dans laquelle au temps ! se dit pour commander la reprise d’un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C’est à reprendre, on a pu glisser à l’emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur – et concéder que l’on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.

L’origine de cette expression n’étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd’hui, mais rien ne la justifie.

 

Avoir l’air : « Elle a l’air malin » ou « Elle a l’air maligne » ?

La neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française établit à l’article air (partie II, 2) la distinction suivante :

- lorsque air conserve son sens plein (l’expression avoir l’air n’étant pas figée, un autre verbe, comme prendre ou se donner, peut alors se substituer à avoir, tandis qu’un air ou des airs peut remplacer l’air), l’adjectif est épithète et s’accorde avec le mot air : avoir l’air noble, l’air guerrier, l’air martial ; Elle a l’air gracieux ; Elles ont l’air niais de leur tante, l’air ingénu propre à certaines adolescentes ;

- lorsque avoir l’air est une locution figée dont le sens est « sembler, paraître », l’adjectif qui suit est attribut et s’accorde avec le sujet : Elle a l’air méfiante ; Ils ont l’air imbus de leur personne ; Ces prunes ont l’air bonnes, mauvaises ; Cette maison a l’air abandonnée ; Ces recherches ont l’air sérieuses.

 

C’est / ce sont 

C’est, suivi d’un nom au pluriel ou d’un pronom autre que personnel, s’accorde avec celui-ci. Toutefois le singulier se rencontre parfois à l’écrit, particulièrement dans les cas suivants :

- lorsque singulier et pluriel sont identiques pour l’oreille : Ce n’était pas des mensonges ;
- lorsque ce reprend un nom ou un pronom au singulier qui le précède : Le monument qu’on aperçoit, c’est les Invalides ;
- lorsque l’attribut, également appelé complément du présentatif, est formé de plusieurs noms coordonnés dont le premier au moins est au singulier : C’est le chocolat et les bonbons que préfèrent les enfants. Mais le pluriel est obligatoire quand l’attribut multiple développe un pluriel ou un collectif qui précède : Il y a cinq continents, ce sont…

Dans tous ces cas cependant, le pluriel est de meilleure langue.

Le singulier est obligatoire dans certains cas :
- quand le verbe est suivi de nous, vous : C’est vous tous qui avez décidé ;
- dans l’indication de l’heure, d’une somme d’argent, etc., lorsque l’attribut de forme plurielle est pensé comme un tout, comme une quantité globale : C’est onze heures qui sonnent ;
- quand le pronom en est intercalé dans l’expression : Je voulais vous rapporter des pleurotes, mais je ne sais si c’en est.

 

Ce qui reste ou ce qu’il reste ?

Avec les verbes susceptibles d’être construits soit personnellement, soit impersonnellement, on utilise ce qui ou ce qu’il : qui est le sujet du verbe construit personnellement, qu’il apparaît dans la tournure impersonnelle. La nuance entre les deux possibilités est parfois indiscernable. Ainsi : ce qui restait d’élèves… (Pagnol) ; ce qui lui reste de sainteté (Maurois) ; ce qu’il lui restait à faire (R. Rolland) ; ce qu’il vous reste à découvrir (Duhamel).

On peut donc écrire aussi bien : nous verrons ce qui se passera ou ce qu’il se passera.

Cédérom

L’Académie française a adopté cédérom.

Elle a constaté que le sigle américain CD-ROM s’était installé dans l’usage de manière définitive pour désigner un objet d’emploi de plus en plus courant. Mais ce sigle, devenu terme en soi, comme Radar ou Laser, était transcrit d’une façon qui heurtait notre graphie. L’Académie a donc décidé de le franciser en l’alignant sur la prononciation, et d’en admettre l’entrée dans son Dictionnaire.

 

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

1. L’accord se fait normalement :

- lorsque ces locutions adjectives, avec la fonction d’épithète, suivent immédiatement le nom auquel elles se rapportent : La lettre ci-annexée ; La note ci-incluse apporte les précisions nécessaires ; Veuillez remplir la déclaration ci-jointe ; Ne communiquez à personne les pièces ci-jointes ;

- lorsqu’elles sont attributs du sujet : Votre lettre est ci-jointe.

2. Inversement, elles demeurent invariables lorsqu’elles ont une valeur nettement adverbiale (elles sont alors traitées sur le modèle des locutions adverbiales ci-après ou ci-contre), ce qui est le cas notamment lorsqu’elles sont placées :

- en tête d’une phrase sans verbe, devant un groupe nominal (avec ou sans déterminant) : Ci-annexé la copie des pièces demandées. Ci-inclus les photocopies du document ; Ci-joint l’expédition du jugement ; Ci-joint les deux quittances exigées. Ou encore : Ci-joint copie du rapport. On écrira cependant : Ci-incluses, ces pièces vous sont communiquées pour information (tour rare, il est vrai), la locution étant ici en apposition ;

- à l’intérieur d’une phrase, avec un nom sans déterminant (qu’elles précèdent ordinairement) : Je vous adresse ci-inclus quittance de votre versement ; Vous trouverez ci-joint copie du contrat ; La circulaire dont vous trouverez copie ci-inclus.

3. Dans les autres cas, lorsque ces locutions sont employées, dans le corps de la phrase, avec un substantif accompagné d’un déterminant, l’usage n’est pas fixé. Selon qu’on leur accorde une valeur adjective ou adverbiale — sans qu’il soit jamais possible de trancher —, on fait ou non l’accord. La huitième édition de l’Académie (1935) ne manquait pas de rendre compte d’une telle latitude : vous trouverez ci-incluse la copie que vous m’avez demandée (article ci). Vous trouverez ci-inclus une lettre de votre père (article inclus). On écrira donc : Je vous fais parvenir ci-joint, ou ci-joints plusieurs exemplaires de mon mémoire. Il en va de même lorsque ci-annexé, ci-inclus ou ci-joint peuvent être considérés comme l’attribut d’un pronom antéposé : Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joints ; La lettre que vous trouverez ci-incluse. Mais l’invariabilité — Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joint ; La lettre que vous trouverez ci-inclus — apparaissant aussi pleinement justifiée, aucune des deux graphies ne saurait être tenue pour fautive.

L’incertitude observée dans l’usage, qui ne doit rien, on le voit, à l’hésitation ou à l’arbitraire, peut cependant être levée en fonction de connotations diverses tenant au contexte, ou parfois même à la recherche de tel ou tel effet stylistique. Si Bernanos écrit à l’un de ses correspondants : « Vous trouverez ci-joint les pages dactylographiées de mon roman », Hugo préfère : « Je vous envoie ci-incluses des paroles prononcées ici par moi au moment de la proscription ». On se plaît à relever chez Musset (Nouvelles, « Margot », I) l’exemple suivant : « Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointes des rillettes ».

 

Collections et collectionneurs

Il existe en français une « collection » de termes pour désigner les divers collectionneurs. Si certains, d’usage courant, comme philatéliste (« collectionneur de timbres ») ou numismate (« collectionneur de pièces de monnaie ») sont connus du public et enregistrés dans les dictionnaires généraux, la plupart de ces termes ne sont guère répandus. Ils relèvent davantage d’un jeu de composition linguistique. On en trouvera un certain nombre dans des ouvrages tels que le Quid.

Toutefois, on peut envisager à peu près autant de collections qu’il existe d’objets et même de types d’objets (collections de bouteilles de vin, de bouchons de bouteilles de vin, d’étiquettes de bouteilles de vin, etc.) : il n’y a donc pas de formes spécifiques pour désigner tous les types de collectionneurs. Comme souvent en français, on aura recours à une périphrase : un collectionneur de billes de cartouches d’encre.

Voici quelques exemples de noms de collectionneurs :
- le cochliophile collectionne les petites cuillères ;
- le copocléphile collectionne les porte-clés ;
- l’éthylabélophile collectionne les étiquettes de bouteilles de vin ;
- le périglycophile collectionne les emballages de sucre vides ;
- le philuméniste collectionne les boîtes d’allumettes ;
- le schoinopentaxophile collectionne les cordes de pendus ;
- le tyrosémiophile collectionne les étiquettes de boîtes de fromage ;
- le vexillologiste collectionne les drapeaux et les étendards.

 

Couleur : accord de l’adjectif et du nom

Les adjectifs simples de couleur s’accordent en genre et en nombre : des costumes noirs, des cheveux blonds, des lacs verdâtres.

Toutefois, les noms communs employés comme adjectifs de couleur sont invariables : des chaussures marron, des robes pivoine. On peut en effet considérer ces formes comme des ellipses : des chaussures (de la couleur du) marron, des robes (de la couleur de la) pivoine.
On  recense traditionnellement quatre exceptions à cette règle : rose, mauve, pourpre et écarlate, qui sont variables. Fauve et incarnat, étant d’abord des adjectifs, sont naturellement variables.

Les formes adjectivales complexes sont également invariables. On écrira ainsi :
- des mers bleu-vert, des yeux gris-bleu ;
- des gilets jaune paille, des robes rose bonbon ;
- des pulls vert pâle, une voiture bleu foncé ;
- des couvertures lie-de-vin, des soieries feuille-morte, des draps cuisse-de-nymphe (on lie les éléments par des traits d’union car ce qui était un syntagme libre devient un adjectif de forme figée).

Employées comme noms de couleur et non plus comme adjectifs, les formes ci-dessus ont les pluriels suivants :
- des bleu-vert, des gris-bleu ;
- des jaunes paille (les jaunes sont de la couleur de la paille), des roses bonbon ;
- des verts pâles, des bleus foncés (les verts sont pâles, les bleus sont foncés).

Par ailleurs, lorsque le nom ou l’adjectif de couleur est formé à partir d’un nom propre, le nom propre conserve sa majuscule et son invariabilité : des châles bleu Nattier (du bleu de certaines toiles de Nattier), des rideaux vert Véronèse (du vert de certaines toiles de Véronèse).

Lorsque plusieurs adjectifs de couleur sont associés par la conjonction de coordination et :
- ils restent invariables s’ils qualifient des objets bicolores, tricolores, etc. : des drapeaux bleu, blanc, rouge (chaque drapeau est tricolore), des écharpes rouge et noir (chaque écharpe est bicolore) ;
- ils varient s’ils qualifient des objets unis : des drapeaux bleus, blancs, rouges (certains drapeaux sont bleus, d’autres sont blancs, d’autres encore sont rouges), des écharpes rouges et noires (certaines écharpes sont rouges, d’autres sont noires).

Par ailleurs, couleur reste toujours invariable dans la locution haut en couleur. Ainsi, on dira : des discussions hautes en couleur (hautes en matière de couleur, pour ce qui est de leur caractère truculent, pittoresque).

 

Courbatu, courbaturé

Les mots courbatu et courbaturé sont corrects mais, bien que l’on emploie souvent l’un pour l’autre, ils ne sont pas tout à fait synonymes. Le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication), donne les définitions suivantes :

COURBATU,-UE adj. XIVe siècle. Déformation de court-battu, composé de court, pris adverbialement, et de battu, proprement « battu à bras raccourcis », « bien battu ».
Qui éprouve une grande lassitude du corps et surtout des jambes. Après cette longue marche, je me sentais tout courbatu.

COURBATURE n. f. XVIe siècle. Dérivé de courbatu. Raideur musculaire provoquée par la fatigue ou la maladie. Avoir des courbatures.

COURBATURER v. tr. XIXe siècle. Dérivé de courbature.
Provoquer des courbatures. Généralement au participe passé. Il est tout courbaturé d’être resté longtemps penché.

 

Courriel / Mél.

D’origine québécoise, courriel, qui s’est répandu dans l’usage comme équivalent de l’anglais e-mail, désigne le message électronique et peut être, par extension, employé au sens de messagerie électronique : envoyer un courriel ; confirmer sa venue par téléphone ou par courriel.

Ce terme a été approuvé par l’Académie française en juin 2003. Toutefois les termes message électronique d’un côté et messagerie électronique de l’autre, peuvent être employés comme synonymes de courriel.

En revanche, on ne peut substituer mél. à courriel puisque mél. n’est pas un mot plein, mais l’abréviation de messagerie électronique. Il doit s’utiliser uniquement devant une adresse électronique, de même qu’on utilise tél. uniquement devant un numéro de téléphone. Mél. : untel@voila.fr

 

Déchèterie

En choisissant la forme déchèterie, l’Académie française a marqué sa préférence pour la forme la plus simple et la plus conforme à l’esprit de la langue. Force est de constater en effet que les termes féminins comportant le suffixe -erie et directement dérivés de substantifs en -et ne comptent qu’un seul t : c’est le cas de termes entrés dans l’usage depuis fort longtemps, comme bonneterie (XVe siècle), gobeleterie (XVIIIe siècle), mousqueterie (XVIIe siècle) ou parqueterie (XIXe siècle). Le mot billetterie, créé très récemment (1873), pour remplacer l’anglais ticketting, fait figure d’exception (la graphie billeterie, bien qu’elle ne soit enregistrée par aucun dictionnaire, est d’ailleurs assez largement usitée).

D’autre part, l’Académie a tenu à ce que déchèterie comporte un accent grave afin d’en indiquer clairement la prononciation, conformément à l’esprit des Rectifications de l’orthographe de 1990 car, à la différence de la plupart des termes cités ci-dessus où deux prononciations du e sont possibles (è ou eu), le terme déchèterie ne connaît que la prononciation è. Précisons également que le terme déchetterie était à l’origine un nom déposé et que le choix de la forme déchèterie permettait, au moment où elle est entrée dans le Dictionnaire, d’éviter que l’usage de ce terme puisse être limité.

Il faut néanmoins reconnaître que la forme déchetterie s’est très largement répandue dans l’usage : il est probable que l’Académie étudiera à nouveau le terme lors de la prochaine édition de son Dictionnaire et réfléchira à la possibilité de signaler les deux graphies.

 

Deuxième, second

Longtemps, second a été la forme la plus courante, et certains grammairiens prétendaient réserver l’usage de deuxième aux cas où la série comprenait plus de deux éléments ; lorsque l’emploi de second s’est fait plus rare, on a voulu le réduire aux cas où la série ne comprend que deux éléments. Littré, déjà, contestait cette distinction qui jamais ne s’est imposée dans l’usage, même chez les meilleurs auteurs.

L’unique différence d’emploi effective entre deuxième et second est que second appartient aujourd’hui à la langue soignée, et que seul deuxième entre dans la formation des ordinaux complexes (vingt-deuxième, etc.).

 

Dimanche : premier ou dernier jour de la semaine ?

Le dimanche (du latin chrétien dies dominicus, « jour du Seigneur ») était encore défini par la septième édition (1878) du Dictionnaire de l’Académie française comme le premier jour de la semaine. Dans la huitième édition (1932), il devenait le dernier. La neuvième édition, en cours de publication, indique :

Traditionnellement, et aujourd’hui encore dans la langue religieuse, premier jour de la semaine qui commémore la résurrection du Christ ; il comportait aussi la prescription du repos. Dans la langue courante, septième et dernier jour de la semaine.

Il existe d’ailleurs une recommandation de l’Organisation internationale de normalisation qui définit les normes ISO, allant dans ce sens ; d’autre part, la présentation des agendas en rend compte, le dimanche figurant en fin de page ou de double page.

 

« En tant que de » ou « autant que de » (besoin, raison) ?

La tournure en tant que de (besoin, raison) est un archaïsme, mais elle est tout à fait correcte.

En tant que signifie « selon que », « autant que ». Par ailleurs, on disait autrefois qu’une chose était de besoin pour signifier qu’on en avait besoin : elliptiquement, la forme en tant que (cela est) de besoin signifie « dans la mesure où l’on en a besoin ». Par analogie, on dit aussi en tant que de raison, qui signifie « dans la mesure où cela est raisonnable ».

Autant que de (besoin, raison) est une forme déformée de en tant que de (besoin, raison), qui est incorrecte.

 

En termes de / au terme de

Dans le sens de « dans le vocabulaire, dans le langage de », en termes de est la seule forme correcte : en termes de marine, de médecine, de jurisprudence, etc.

En termes de au sens de « en matière de » est un anglicisme à proscrire. On emploiera donc les locutions quant à, en matière de ou en ce qui concerne.

Au terme de, quant à lui, signifie « à la fin de » : Au terme de l’année de première, les lycéens passent le baccalauréat de français.

 

État de droit / état de droit

Bien que l’erreur soit fréquemment commise, état s’écrit sans majuscule dans l’expression état de droit, lorsque l’acception de ce mot est « situation » (comme dans état d’urgence ou état de siège...) et non « corps politique » (comme dans État souverain ou État démocratique...). Ainsi écrit-on : Rousseau imagine le passage de l’état de nature à l’état de droit mais La République française est un État de droit.

 

Être pour aller

Être s’emploie parfois dans le sens du verbe aller :

- dans l’usage littéraire au passé simple et au subjonctif imparfait ;

- dans l’usage familier aux temps composés.

Cet emploi est attesté chez des contemporains tels que F. Mauriac, J. Green, M. Tournier. Il remonte aux origines de la langue ; on le rencontrait déjà en latin. Molière, Bossuet, Montesquieu en offrent des exemples, ainsi que Voltaire, qui pourtant le condamnait chez Corneille.

 

Euro, cent

L’Académie française rappelle que le mot euro prend la marque du pluriel : on écrit un euro, des euros (Cf. Journal officiel du 2 décembre 1997). La centième partie de l’euro doit se dire et s’écrire centime (Communiqué de presse du 13  décembre 2001).

La marque du pluriel n’étant pas la même selon que l’on utilise telle ou telle langue de l’Union européenne, c’est la forme euro qui figure sur les billets et sur les pièces. Elle peut être considérée comme un symbole et non comme l’indication de n unités monétaires. Son abréviation est, selon la norme ISO, EUR.

 

Fainéant

Si, de fait, les formes faignant ou feignant sont aujourd’hui « populaires », elles sont les premières attestées, et c’est fainéant qui a constitué une altération populaire, d’après fait (forme verbale de faire) et néant, de faignant, feignant, participe présent de feindre, au sens ancien de « se dérober (à la tâche), rester inactif ».

 

Fautes de langue dans les médias

Les incorrections fréquentes constatées dans les médias sont une source d’agacement bien compréhensible pour tous ceux qui aiment la langue française.

L’Académie française, conformément à sa mission et à ses traditions, n’a de cesse de défendre notre langue par des déclarations officielles et par les mises en garde qu’elle publie régulièrement. D’autre part, elle participe activement aux commissions de terminologie, qui veillent à proposer des équivalents français aux termes étrangers (notamment anglais) ; aucun de ces termes ne peut être recommandé officiellement sans qu’elle ne l’ait auparavant approuvé. Elle s’attache également, au travers de son Dictionnaire, dont la neuvième édition est en cours de rédaction, à prescrire et à guider l’usage de la langue en indiquant les emplois corrects et en formulant un certain nombre de remarques normatives (qui apparaissent en gras dans cette dernière édition).
           
Cependant, il n’est pas du ressort de l’Académie de rappeler à l’ordre les médias. Si vous relevez des erreurs de langue dans les médias, nous vous conseillons de vous adresser au Conseil supérieur de l’audiovisuel (http://www.csa.fr), dont l’une des missions est de veiller à la défense et à l’illustration de la langue française dans la communication audiovisuelle ainsi qu’au respect de la loi Toubon de 1994 (loi qui oblige notamment les organismes d’état à employer, chaque fois qu’ils existent, les équivalents français recommandés par les commissions ministérielles de terminologie et de néologie, en remplacement des termes étrangers).

Le CSA se montre attentif à la qualité de la langue employée dans les programmes des différentes sociétés de télévision et de radio, et publie chaque mois, dans la rubrique « Langue française » de La Lettre du CSA, une mise en garde sur certaines impropriétés ou approximations.

Par ailleurs, pourquoi ne pas vous adresser directement aux journalistes ou aux chaînes concernés, éventuellement en présentant votre requête aux médiateurs ? Vos remarques seront sans doute prises en compte.

 

Féminisation (des noms de métier, de titres, etc.)

En 1984, le gouvernement a institué une commission « chargée d’étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes ». Dans une circulaire datée du 11 mars 1986, le Premier ministre, M. Laurent Fabius, conseille l’application des règles de féminisation recommandées par cette commission.

L’Académie française, qui n’a pas été associée aux travaux de cette commission, n’approuve pas les conclusions que celle-ci a rendues. Dès le 14 juin 1984, elle publie une déclaration, préparée par MM. Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss, qui fait part de ses réserves et met en garde contre une féminisation autoritaire et abusive.

En 1998, le Premier ministre, M. Lionel Jospin, a demandé à la Commission générale de terminologie et de néologie de rédiger un rapport qui évaluerait les besoins en matière de féminisation des titres et des noms de métier, et qui envisagerait les champs d’action et les limites juridiques en la matière. Parallèlement, l’Institut national de la langue française (INALF), dirigé par M. Bernard Cerquiglini, était chargé d’étudier les possibilités morphologiques offertes par la langue pour procéder à cette féminisation et les problèmes que celle-ci soulevait d’un point de vue linguistique. Le rapport remis par la Commission générale, sans déconseiller formellement le principe de la féminisation, en particulier pour les noms de métier dont le féminin découle de l’usage même, souhaitait que fût préservée la neutralité liée aux titres, aux grades et aux fonctions et montrait les limites d’une féminisation arbitraire et systématique. En dépit de ces recommandations, un inventaire de formes féminisées établi par l’INALF et publié par la Documentation française fut mis à la disposition des administrations.

Le 21 mars 2002, l’Académie française publie une nouvelle déclaration pour rappeler sa position à ce sujet et, en particulier, le contresens linguistique sur lequel repose l’entreprise d’une féminisation systématique. Si, en effet, le français connaît deux genres, appelés masculin et féminin, il serait plus juste de les nommer genre marqué et genre non marqué. Seul le genre masculin, non marqué, peut représenter aussi bien les éléments masculins que féminins. En effet, le genre féminin ou marqué est privatif : un « groupe d’étudiantes » ne pourra contenir d’élèves de sexe masculin, tandis qu’un « groupe d’étudiants » pourra contenir des élèves des deux sexes, indifféremment. On se gardera également de dire les électeurs et les électrices, les informaticiennes et les informaticiens, expressions qui sont non seulement lourdes mais aussi redondantes, les informaticiennes étant comprises dans les informaticiens. De la même manière, l’usage du symbole « / » ou des parenthèses pour indiquer les formes masculine et féminine (Les électeurs/électrices du boulevard Voltaire sont appelé(e)s à voter dans le bureau 14) doit être proscrit dans la mesure où il contrevient à la règle traditionnelle de l’accord au pluriel. C’est donc le féminin qui est le genre de la discrimination, et non, comme on peut parfois l’entendre, le genre masculin.

L’Académie française ne s’oppose pas au principe de la féminisation en tant que tel : ainsi la huitième édition de son Dictionnaire avait-elle donné place à de nombreuses formes féminines correspondant à des noms de métier. Mais elle l’avait fait avec prudence et dans le respect de la morphologie de la langue. Or, si certains noms de métier possèdent une forme féminine bien ancrée dans l’usage et correctement formée, comme c’est le cas pour institutrice, laborantine, écuyère ou chercheuse, certaines formes imposées par la circulaire sur la féminisation, parfois contre le vœu des intéressées, sont contraires aux règles ordinaires de dérivation. Les termes chercheure, professeure, auteure, par exemple, ne sont aucunement justifiés linguistiquement car les masculins en -eur font, en français, leur féminin en -euse ou en -trice (les rares exceptions comme prieure ou supérieure proviennent de comparatifs latins dont les formes féminines et masculines sont semblables).

En revanche, en ce qui concerne les titres, les grades et les fonctions, au nom de la neutralité institutionnelle et juridique qui leur est attachée, l’Académie française recommande d’éviter, dans tous les cas non consacrés par l’usage, les termes du genre dit « féminin » et de préférer les dénominations de genre non marqué.

Une féminisation autoritaire et systématique pourrait aboutir à de nombreuses incohérences linguistiques. Brusquer et forcer l’usage reviendrait à porter atteinte au génie de la langue française et à ouvrir une période d’incertitude linguistique. C’est ce que l’Académie française a toujours voulu éviter et c’est pourquoi, au nom de l’usage, elle se réserve la possibilité d’enregistrer de nouveaux termes pourvu qu’ils soient bien formés et que leur emploi se soit imposé.

Vous pouvez également consulter sur le site de la D.G.L.F., le rapport de la Commission générale de terminologie et de néologie sur ce sujet.

 

Gré (savoir)

L’expression par laquelle on exprime sa reconnaissance est savoir gré (à quelqu’un) de (ou, plus rarement, pour) quelque chose, non être gré. On écrit donc Je vous saurais gré, non je vous serais gré.

 

Impératif

À la deuxième personne du singulier de l’impératif, les verbes du premier groupe ont une terminaison en e, sans : donne-lui ; regarde-le. Cependant, si le verbe précède le pronom en ou le pronom y, eux-mêmes non suivis d’un infinitif, on lui ajoute un s euphonique afin d’éviter le contact entre deux voyelles : manges-en.

Quant au trait d’union, il se place entre le verbe et le ou les pronoms personnels qui s’y rapportent, à moins qu’on n’ait déjà une apostrophe due à une élision : dites-le-moi ; parle-lui-en ; mettez-m’en dix kilos.

Cependant, si le pronom se rapporte à un infinitif qui le suit, on ne mettra pas de trait d’union : ose le dire (« ose dire cela »).

Enfin, en ou y, employés dans une tournure impérative, se placent toujours après le pronom conjoint, qui est inséparable du verbe. On dira bien mettez-m’en (et non pas, comme on l’entend trop fréquemment, mettez-en-moi).

 

Jours de la semaine (pluriel et majuscules)

Les noms des jours de la semaine, tout comme les noms des mois, sont des noms communs. Ils sont donc variables en nombre et s’écrivent en minuscules. On écrira ainsi : Les membres de l’Académie française se réunissent tous les jeudis.

 

Le haricot ou l’haricot ?

Le h de haricot est « aspiré », c’est-à-dire qu’il interdit la liaison, impose que ce mot soit prononcé disjoint de celui qui le précède, au singulier comme au pluriel. On écrit et dit : le haricot, non l’haricot ; un beau haricot, non un bel haricot. Tous les dictionnaires indiquent par un signe conventionnel quels h (généralement d’origine germanique) sont aspirés et quels h (généralement d’origine gréco-latine) ne le sont pas. Pour certains mots, l’usage est indécis. Ce n’est pas le cas de haricot : la liaison est incontestablement une faute.

La rumeur selon laquelle il serait aujourd’hui d’usage et admis que l’on fasse cette liaison a été colportée par un journal largement diffusé dans les établissements scolaires, L’Actu (n°8 du jeudi 3 septembre 1998, p.7), qui n’a pas jugé bon de publier de rectificatif.

 

« Le plus belle » ou « la plus belle »

Devant un adjectif au superlatif relatif (superlatif avec le plus, le moins…), l’article reste invariable lorsqu’il y a comparaison entre les différents degrés ou états d’une même chose, c’est-à-dire lorsque cette chose n’est comparée qu’à elle-même (on peut alors remplacer le superlatif par « au plus haut degré »). On dira donc : C’est le matin que la rose est le plus belle (c’est le matin qu’elle est belle au plus haut degré).

En revanche, l’article varie si la comparaison s’effectue entre deux entités différentes : Cette rose est la plus belle de toutes ; Cette rose est la moins fanée (sous-entendu : « des roses », « des fleurs »).

 

Leur chapeau ou leurs chapeaux ?

L’usage des meilleurs auteurs hésite entre le singulier et le pluriel (pour le nom et pour le possessif) lorsqu’un nom désigne une réalité dont plusieurs « possesseurs » possèdent chacun un exemplaire : on considère tantôt l’exemplaire de chacun, tantôt l’ensemble des exemplaires. Ainsi : « Mes compagnons, ôtant leur chapeau goudronné [...] » (Chateaubriand) ; « Les deux lords [...] ôtèrent leurs chapeaux » (Hugo) ; « trois avaient déjà retrouvé leur femme » (Chamson) ; « deux de mes amis et leurs femmes » (Arland).

 

Liaisons

En français, la liaison peut apparaître entre un mot qui se termine par une consonne et un mot qui commence par une voyelle ou un h non aspiré (voir aussi l’article Le haricot), si ces deux mots ne sont séparés par aucune ponctuation ni par aucune pause orale. Selon les cas, elle est obligatoire, facultative ou interdite. Les noms propres sont également soumis à la liaison.

La liaison est obligatoire :
- entre le déterminant et le nom : des(z)amis, tout(t) homme ;
- entre l’adjectif antéposé et le nom : un(n)ancien(n)usage ; ainsi on dira un savant(t)aveugle si aveugle est un nom, mais un savant aveugle si savant est le nom ;
- entre le pronom (sujet ou objet) et le verbe : ils(z)aiment, on(n)aime, ils vous(z)aiment, ils(z)y vont, courons(z)-y, donnez(z)-en ;
- entre est et le mot qui suit, dans des formes impersonnelles ou dans la forme présentative : il est(t)évident qu’il viendra ; c’est(t)à voir ;
- entre l’adverbe et le mot unis étroitement : trop(p)étroit ; bien(n)aise ;
- entre la plupart des prépositions monosyllabiques et le mot qui suit : dans(z)une heure ;
- dans la plupart des mots composés et locutions : un pot(t)-au-feu, mot(t)à mot, de temps(z)en temps.

Elle ne se pratique pas :
- après la conjonction et : un fils et une fille ;
- après la consonne finale d’un nom au singulier : un temps idéal, un nez épaté ;
- après le s intérieur dans les locutions nominales au pluriel : des moulins à vent ;
- après la finale -es de la 2e personne du singulier de l’indicatif présent et du subjonctif présent : tu portes un habit vert ; Il faut que tu lui écrives un poème. On fera en revanche la liaison lors de la lecture de vers ;
- après les mots terminés en -rt en -rs, sauf s’ils sont suivis de il, elle, on ou s’il s’agit du t de l’adverbe fort ou du s de toujours : de part en part, tu pars à huit heures (mais : quand dort-(t)on ? quand sort-(t)elle ?) ;
- devant un, oui, onze et les mots étrangers commençant par: des oui ;
- devant les noms de lettres de l’alphabet : des i, des a.

Dans le reste des cas, on peut choisir de faire ou non la liaison mais celle-ci est plutôt la marque d’un langage soutenu.

On distingue par ailleurs deux types de fautes de liaison :
- le cuir qui consiste à faire une liaison en t à la place d’une liaison en z, et plus généralement à effectuer à mauvais escient une liaison en : Il s’est mis(t)au travail ; J’ai cru(t)apercevoir un écureuil ;
- le velours qui consiste à faire une liaison en z à la place d’une liaison en t, et plus généralement à effectuer à mauvais escient une liaison en z : vingt(z)euros ; les dix-huit(z)ouvrages ; Il est venu aujourd’hui(z)encore ;
Ces deux types de liaisons fautives sont aussi appelés des pataquès.
Par extension, on désigne par pataquès, cuir ou velours toute liaison fautive, quelle qu’elle soit.

 

Majuscules

1. Majuscules en géographie
Les noms de points cardinaux ainsi qu’Occident et Orient prennent la majuscule s’ils désignent de manière absolue une partie d’un pays ou du monde, ou s’ils entrent dans la composition d’un nom de pays : vivre dans l’Ouest ; l’Occident ; le Sud-Est asiatique ; l’Afrique du Sud.
Employés adjectivement ou pour désigner une position relative à un point, ils s’écrivent entièrement en minuscules : l’hémisphère nord ; l’ouest de la France ; le sud de l’Italie.

Les noms communs d’entités géographiques (lac, mer, pic, mont, etc.) individualisés par un nom propre ou un adjectif gardent leur minuscule initiale : c’est le nom propre ou l’adjectif, distinctif pour le lieu, qui prend la majuscule : la baie des Anges ; la forêt Noire ; l’océan Pacifique.

Les noms d’habitants prennent une majuscule. On écrira donc : Les Français aiment leur langue, mais Ma sœur est française.

2. Majuscules avec saint
Quand il désigne le personnage lui-même, saint est un nom commun qui s’écrit sans majuscule : Les trois saints de glace sont saint Mamère, saint Pancrace et saint Servais.

En revanche, saint prend la majuscule quand il entre dans la composition de noms propres avec trait d’union, de personnes, de lieux et de leurs habitants, de rues, de fêtes et d’ordres : le duc de Saint-Simon ; la Sainte-Chapelle ; la place Saint-Marc ; les feux de la Saint-Jean ; Les Saint-Germanois sont les habitants de Saint-Germain-en-Laye.
Il prend également la majuscule dans certaines expressions traditionnelles historiques ou religieuses : la Sainte-Alliance ; le Saint-Empire ; le Saint-Office ; le Saint-Esprit ; le Saint-Siège ; la Sainte-Trinité.

3. Majuscules dans les noms d’organismes et d’institutions
Les noms des organismes ou d’institutions d’état, lorsqu’il en existe plusieurs de leur espèce, ne prennent pas de majuscule ; c’est le nom propre ou le nom de spécialisation qui les accompagne éventuellement qui la prend : le conseil général d’Île-de-France ; la mairie de Paris ; le ministère de la Culture ; la bibliothèque Mazarine.
En revanche, s’ils sont seuls de leur espèce (à l’échelle nationale ou internationale), le premier mot nécessaire à l’identification porte la majuscule, ainsi que les adjectifs le précédant éventuellement : l’Académie française ; l’Institut de France ; la Cour de cassation ; la Haute Cour de justice ; le Conseil de l’Europe ; les Nations unies.

4. Majuscules dans les titres d’œuvre
Dans tous les titres d’œuvre, le premier terme au moins (ainsi bien sûr que les noms propres) prend la majuscule.

Si le titre commence par un article défini, le premier nom qui suit cet article ainsi que les adjectifs et adverbes le précédant éventuellement prennent la majuscule : Les Très Riches Heures du duc de Berry ; Le Petit Chaperon rouge ; Le Vilain Petit Canard.

L’article défini en tête de l’œuvre ne prend la majuscule que s’il fait intrinsèquement partie du titre, et n’est pas contracté : l’Iliade ; Les Bienveillantes mais un chapitre des Bienveillantes.

Si le titre ne débute pas par un article défini ou s’il consiste en une phrase conjuguée, seul le premier terme prend la majuscule : À la recherche du temps perdu ; Terre des hommes ; Un taxi mauve ; Le train sifflera trois fois.

Si le titre est double ou s’il met en opposition ou en parallèle deux termes, on applique les règles précédemment citées aux deux parties du titre, mais si la deuxième partie est introduite par un article défini, celui-ci perd sa majuscule : Le Rouge et le Noir, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

Les règles typographiques qui régissent l’emploi des majuscules sont bien sûr nombreuses et complexes. On en trouvera le détail dans des ouvrages de typographie tel le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale.

 

Malgré que

Malgré que s’emploie bien dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif. Malgré que j’en aie, quelque mauvais gré, si mauvais gré que j’en aie ; en dépit de moi, de ma volonté : Je reconnais les mérites de mon rival, malgré que j’en aie ; Malgré qu’il en ait, nous savons son secret ; Elle ne put cacher son dépit, malgré qu’elle en eût.

En revanche, encore que de nombreux écrivains aient utilisé la locution conjonctive Malgré que dans le sens de Bien que, quoique, il est recommandé d’éviter cet emploi.

 

Mandature

Mandature est un néologisme incorrect et totalement inutile, né de l’intime conviction de certains que plus un mot est long, plus il confère d’importance à la chose qu’il désigne. On a toujours dit mandat pour nommer non seulement la fonction, la charge publique conférée par élection, mais aussi la durée d’exercice de cette charge Durant son mandat, et non Durant sa mandature.

 

Master / Magistère 

En 1999, l’Académie française a proposé le mot magistère pour désigner un diplôme universitaire qui complète des études du premier ou du second cycle, et sanctionne au minimum trois années de formation professionnelle associant enseignements et stages. Le terme fut aussi créé pour donner un équivalent à l’anglais master, de même sens (Master of Arts, Master of Economy) ; il entra dans tous les dictionnaires.

Par ailleurs, toujours en 1999, l’harmonisation des études et des diplômes au sein de l’Union Européenne étant envisagée et ayant rendu souhaitable la création d’un terme pour désigner le grade intermédiaire entre la licence et le doctorat, la forme française « mastaire » a été créée, parfois aussi orthographiée « mastère », à distinguer du magistère.

Aujourd’hui, bien que la forme francisée mastère se trouve employée au Québec, en Algérie, en Tunisie ou en Belgique, force est de constater qu’en France l’usage, pour désigner ce grade, a imposé master, en particulier dans le cadre de la réforme universitaire « licence-master-doctorat ».

Cependant, les dictionnaires continuent de proposer concurremment les termes magistère, mastaire et mastère, avec parfois des nuances de sens, et entérinent master dans l’acception mentionnée ci-dessus.

L’Académie française, qui suit attentivement l’évolution de l’usage en la matière, recommande d’utiliser magistère chaque fois que cela est possible et se réserve le droit, en fonction des évolutions enregistrées, de réexaminer le terme MASTER et la graphie qu’il convient de lui donner.

 

Midi : « le midi », « ce midi »

On a parfois contesté l’emploi de ce midi pour désigner le milieu du jour où l’on est. Cette tournure, tout à faire analogue à ce matin et ce soir, ne peut être condamnée et se rencontre d’ailleurs chez les meilleurs auteurs (Gide, Giono, Genevoix…).

En outre, midi s’emploie avec divers déterminants : le midi du 10 décembre (Stendhal), chaque midi (Maupassant), l’autre midi (Farrère). On peut aussi dire un midi tout comme on dirait un matin ou un soir.

On peut utiliser l’article avec certaines prépositions : vers le midi (Stendhal, Queneau, Barbey), sur le midi (Sand, Gautier, Taine).

 

Mots nouveaux ou néologismes

Si vous vous demandez comment un mot nouveau fait son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française, sachez que chaque dictionnaire possède sa politique éditoriale et intègre les mots en fonction de critères qui lui sont propres. Ainsi, l’Académie française n’accepte dans son Dictionnaire que les mots correctement formés, répondant à un véritable besoin linguistique et déjà bien ancrés dans l’usage.

Si vous vous intéressez à la création de néologismes, notamment dans les domaines des sciences et des techniques, vous pouvez émettre vos suggestions dans la boîte à idées de la base de données France Terme (voir l’article Terminologie).

 

Nom collectif suivi d’un complément au pluriel (accord du verbe)

Ce problème d’accord se présente dans de nombreux cas où le sujet est formé d’un nom et de ce qu’on peut appeler, suivant la terminologie du Bon Usage de Maurice Grevisse, un «  pseudo-complément » : l’accord se fait soit avec le nom, soit avec son «  pseudo-complément », selon que celui-ci ou celui-là frappe le plus l’esprit, et que l’on considère les êtres ou les objets dont il s’agit, ou bien comme formant essentiellement un ensemble, ou bien en détail, dans leur pluralité. Ainsi : Une foule de malades accourait (c’est une foule qui accourt) mais : Une foule de gens diront qu’il n’en est rien (chacun d’eux dira…). Dans ce dernier cas, la subordination logique l’emportant sur la subordination grammaticale, on parlera d’accord par syllepse. Cet accord par syllepse est parfois obligatoire : après nombre, la plupart, quantité, l’accord se fait avec le «  pseudo-complément ». Dans le cas d’ensemble, on écrira aussi bien : l’ensemble des intéressés a ou ont protesté.

L’accord dépend du sens des mots, mais aussi de l’intention de l’auteur. On trouvera donc : Un grand nombre de soldats fut tué dans ce combat (Littré) et Un grand nombre de soldats périrent dans ce combat (Académie).

En particulier dans le cas d’un nom numéral au singulier suivi d’un complément au pluriel, l’accord peut se faire avec ce complément ou avec le terme quantitatif quand la personne qui écrit arrête son attention sur celui-ci plutôt que sur son complément. L’Académie admet les deux possibilités : Une quinzaine de francs suffira ou suffiront pour sa dépense.

 

Nombre de mots de la langue française

La définition même de « mot » fait difficulté, ce qui vide de sens la question de la « richesse » relative du vocabulaire des diverses langues : les langues dites « agglutinantes », par exemple, peuvent créer une infinité de « mots » dont chacun équivaudrait pour nous à une phrase entière. Est-ce que j’utilise plus de « mots » si je dis melting pot ou rayon de soleil que si je dis creuset ou sunray ?

Si l’on parle de la langue française (ou anglaise), de quoi s’agit-il ? Prend-on en considération tous les domaines, toutes les époques, tous les niveaux de langue ? Il est impossible de fournir un dénombrement de l’ensemble des formes qu’offre une langue : certaines (comme dans le cas de tous les verbes que l’on peut composer avec le préfixe re-) n’ont qu’une existence virtuelle ; chaque jour, d’autres se créent ou disparaissent de l’usage. Le vocabulaire spécialisé des sciences est en constant développement : le Dictionnaire de la chimie de Duval, loin d’être exhaustif puisqu’on distingue plus de 100 000 matières colorantes, comptait déjà 26 400 entrées en 1935, mais plus de 70  000 en 1977 !

Tout ce que l’on peut dénombrer, ce sont les «entrées» constituant les nomenclatures des divers dictionnaires, les formes qu’ils enregistrent, choisies par les éditeurs selon l’idée qu’ils se font des besoins de l’utilisateur et selon des principes qui leur sont propres : une entrée générale pour une même forme ou une par sens, syntagmes composés en plus des formes simples, etc.

Fondés sur des enquêtes de fréquence, le « français fondamental » et le « français élémentaire » comptent respectivement un peu plus de 1 000 à 3 000 entrées. Les dictionnaires scolaires destinés aux élèves de 8 à 14 ans en comptent de 2 000 à 20 000, le Trésor de la langue française environ 100 000 (non compris les dérivés intégrés aux articles), les grands dictionnaires encyclopédiques environ 200 000 (y compris les noms propres).

Quant aux dictionnaires de la langue courante, qui recensent grosso modo le vocabulaire nécessaire à la conversation, à la lecture de la presse générale d’information et à celle des textes littéraires du XVIe siècle à nos jours, en y ajoutant un pourcentage variable des termes spéciaux, de formes rares, archaïques, régionales ou dialectales, ainsi que d’emprunts aux divers pays francophones ou aux langues étrangères, ils comportent environ 60 000 entrées, en français comme en anglais ou en chinois.

 

Nombres (écriture, lecture, accord)

1. Écriture des nombres en lettres 
On écrit en toutes lettres :
- les nombres employés substantivement : les trois quarts ; un trois-centième ; voyager en première ; consulter un in-quarto ; acheter du trois pour cent ;
- les nombres rencontrés isolément et représentant des quantités simples (entières ou accompagnées de « demi » ou de « quart ») : Ils ont parcouru cinq cents kilomètres ; Le match dura deux heures et demie ;
- les fractions d’heure suivant les mots midi et minuit : midi dix, midi et quart ;
- les expressions telles que : les années trente ; les années quatre-vingt.

2. Orthographe des nombres en lettres
Dans les nombres écrits en toutes lettres, la règle traditionnelle veut qu’on lie par un trait d’union les éléments inférieurs à cent, à moins qu’on ne soit en présence de la conjonction « et » : elle a vingt-trois ans ; elle a cent trois ans ; elle aurait cent quatre-vingt-quatre ans ; quatre mille deux cent quatre-vingt-dix-huit, mais elle a vingt et un ans.

Cependant, il est également possible, en accord avec les Rectifications de l’orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française et parues au Journal officiel du 6 décembre 1990 (partie II), de lier par un trait d’union tous les éléments qui composent le nombre, sans exception. On écrira donc tout aussi bien : elle a cent-trois-ans ; elle aurait cent-quatre-vingt-quatre ans ; quatre-mille-deux-cent-quatre-vingt-dix-huit ; elle a vingt-et-un ans.

Vingt et cent se terminent par un s quand ils sont précédés d’un nombre qui les multiplie, mais ils restent invariables s’ils sont suivis d’un autre nombre ou de mille. On dira ainsi : deux cents euros mais deux cent vingt euros ; quatre-vingts hommes mais quatre-vingt-deux hommes. Ils restent également invariables lorsqu’ils sont employés comme adjectifs numéraux ordinaux : page deux cent ; page quatre-vingt ; l’an mille neuf cent.

En revanche, vingt et cent varient devant millier, million, milliard, qui sont des noms et non des adjectifs numéraux : deux cents millions d’années ; trois cents milliers d’habitants.

Mille (ou mil) est toujours invariable : cinq cent mille euros.

3. Écriture des nombres en chiffres
On écrit en chiffres arabes :
- les nombres exprimant une durée de vie, un âge : Mozart vécut 35 ans ;
- les numéros des arrondissements, car les chiffres romains présentent des risques de confusion (entre II et 11) ou d’inversion (entre IV et VI) : Les 5e et 6e arrondissements de Paris ;
- les pourcentages, s’ils ne sont pas pris substantivement : 3% ;
- les durées très précises : Le premier arriva avec 12 secondes d’avance, après avoir bouclé le circuit en 18 minutes 25 secondes et 3/10, mais Je reviens dans cinq minutes.

On écrit en chiffres romains :
- les numéros