The Wire - Sur écoute
Publiée le 01-02-2010 par djmiki

Bon, voilà. Je viens de terminer la cinquième (et dernière) saison de cette série, et je me dis "tiens ce serait pas mal de brèver ça, c'est du MS quasiment assuré, et puis y'a moyen de faire un chouette truc". Puis, que ne vois-je pas en traînant innocemment sur le minichat, après une série de SHEEEEEEEEEEEEIT (attention, citation) ?
MalaXator : best. fucking. serie. ever.
MalaXator : j'ai pensé faire un article de 20 pages sur cette série
MalaXator : puis la flemme a repris le dessus
"Ciel !", me dis-je, je ne suis pas seul sur ce créneau, il va falloir se dépêcher pour amasser les plusses. Du coup, je me permets de tirer le premier, et je m'en vas vous parler de la meilleure série de l'univers (connu) : The Wire.
Mais commençons par le commencement. Après son premier livre, Homicide: a Year on the Killing Streets
[lien] (qui sera adapté en une série télévisée appelée Homicide: Life on the Street, diffusée de 1993 à 1999), David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun, signe avec Ed Burns, ancien flic de Baltimore, un bouquin intitulé The Corner: A Year in the Life of an Inner-City Neighborhood
[lien] . Comme son prédécesseur, ce livre connaîtra une adaptation télé, avec la minisérie The Corner.
Ces ouvrages abordent déjà les sujets qui seront au coeur de The Wire, à savoir en particulier la droooooogue et la lutte contre icelle menée par la police de Baltimore. Désireux de développer leur vision de la ville d'une façon plus poussée, Simon et Burns s'adressent à HBO (déjà productrice de The Corner), qui accepte avec réticence de produire le pilote de ce qui deviendra The Wire.
Mais là où certains auraient pu tomber dans le cliché, Simon et Burns, aidés ensuite de quelques grands noms du roman noir américain (George Pelecanos notamment) et de la télé, ont signé une des plus grandes séries de tous les temps.
The Wire, c'est en vrac des personnages mythiques au sens propre du terme (Omar), un scénario en béton armé, une mise en scène hyper efficace (le montage du début de la quatrième saison, comparant la réunion de rentrée des instits et des flics en est un exemple parfait), mais surtout un discours hyper-cohérent, d'une profondeur rare dans ce genre de production.
Car pour regarder the Wire, il faut abandonner toutes ses idées préconçues sur les séries policières. Ici, pas question de suivre le schéma classique du "une enquête, un épisode" : il faut au moins une saison entière (voire deux pour Marlo) pour finir par coincer les méchants. Ici, pas question de héros : Jimmy McNulty, qui pourrait faire office de personnage principal au début de la série disparaît presque complètement dans la quatrième saison. Ici, pas de manichéisme : tous les personnages ont droit à leur part d'ombre et leur part de lumière (un de ceux qui m'a le plus marqué est très certainement Wee Bey, avec ses aquariums).
Le maître mot dans the Wire c'est "contextualisation". En développant dans chacune des saisons un aspect de la vie dans la ville de Baltimore (dans l'ordre le trafic de drogue, l'industrie avec le port de Baltimore, la politique, l'école et la presse), les auteurs permettent à la fois une immersion totale dans l'univers de leurs personnages et une réflexion importante sur ce qui fait qu'une ville est une ville, sur les mécanismes à l'oeuvre dans l'évolution des individus au sein de ce qui finalement devient presque un organisme vivant : la ville de Baltimore. Et le moins qu'on puisse dire c'est que le propos des auteurs n'est pas très optimiste : même les personnages les plus puissants et les plus indépendants finissent brisés, pris dans les engrenages du système, ou du "game", puisque c'est ainsi qu'il est présenté.
En élargissant leur propos, Simon, Burns et leur clique n'en oublient pas pour autant de donner de l'épaisseur à tous ces personnages que l'on croise au fil des cinq saisons. On finit littéralement par avoir l'impression d'avoir passé notre vie avec chacun, et pourtant ils sont nombreux : entre les flics, les politiques, les dealers, les journalistes, c'est une sacrée galerie de portraits qui est dressée par les auteurs. Cette proximité avec les protagonistes est l'autre élément clé qui fait de the Wire une série à part dans le paysage télévisuel. C'est aussi ce qui permet de faire passer un message hyper pessimiste avec une facilité et une légèreté assez déconcertantes, en apportant des touches d'humour bienvenues tout au long des 60 épisodes.
Il est très frustrant de parler de the Wire avec des gens qui ne l'ont pas vu, tant l'expérience et marquante. Il est difficile de ne pas se laisser emporter par l'enthousiasme et de se limiter, tellement il y aurait de choses à dire. Il vaut donc mieux que je m'arrête ici, avant de faire une "brève" trop longue !
The Wire, just watch it !
Pour aller un peu plus loin, les critiques des cinq saisons sur louvreuse.net :
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