Essai d'ouverture
Publiée le 23-04-2007 par ruperto juwls

Vous souvenez vous de ces bouteilles de coca en verre avec des capsules en métal agaçantes, coupantes et à la fâcheuse propension à gripper ou à s’aplatir au moindre signe d’énervement envers elles, les rendant définitivement inutilisables ?
Luc Moullet, lui s’en souvient. Comme dans bon nombre de ses films, celui-ci, Essai d’ouverture, dénote une savante mauvaise foi dans le traitement. S’ancrant dans un quotidien ô combien banal et désespérant, Luc Moullet nous fait un panorama de sa vie en face d’une bouteille de coca, depuis son plus jeune âge, jusqu’à sa mort. La critique de l’absurdité pataphysique de la société à travers un de ses objets les plus consommés passe par une exploration minutieuse des différentes techniques pour ouvrir une bouteille de cette boisson, partant d’une pseudo rigueur pour terminer dans les cimes du burlesque et du loufoque, d’un glissement surréaliste poussant toujours au-delà du confortable, en un effet de fuite en avant, vers les considérations les plus absurdes ou le regard le plus désabusé sur son (in)succès ou sa pseudo naïveté.
Véritable OVNI cinématographique , ce court-métrage se laisse regarder, voir et revoir, jusqu’à plus soif, tel une bouteille de coca . Le premier coup d’œil peut paraître étonnant, mais au fil du déshabillage, on peut se rendre compte que bien des répliques de films dits cultes font pâle figure à côté des sentences égrenées ici, tout comme sa pâle mine finira par nous réjouir bien au delà de tout film humoristique.
Un magnifique coffret avec 6 de ses films est paru récemment, mais ses courts métrages n’ont pas encore fait l’objet d’une réédition à ma connaissance.